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Cokerie des Mines de Béthune
En 1896, la Compagnie des Mines de Béthune fait édifier son infrastructure névralgique : le lavoir central de Mazingarbe, destiné au traitement et à la classification des calibres inférieurs de houille.
C'est dans le prolongement direct de cette installation industrielle que la cokerie de Mazingarbe est construite en 1897. Son implantation à proximité immédiate du lavoir répond à une logique d'intégration verticale et de rationalisation des flux logistiques, minimisant les coûts de transport de la matière première brute pour entamer sa pyrolyse.
Dès ses premières années, le site de Mazingarbe fait l'objet de modernisations technologiques permanentes sous l'impulsion de la direction générale de la Compagnie, et notamment de son emblématique directeur Louis Mercier. L'objectif initial est le remplacement progressif des premières batteries de production obsolètes.

Les fours de la cokerie vers 1920
L'année 1909 marque un tournant historique : les anciennes batteries de fours d'origine sont intégralement démantelées pour céder la place à une génération de fours d'avant-garde dits « à récupération ». Contrairement aux anciennes installations qui laissaient s'échapper les résidus volatils dans l'atmosphère, ces nouveaux dispositifs permettent de capturer, purifier et réutiliser les précieux gaz issus de la combustion thermique de la houille.
Cette avancée donne officiellement naissance à la carbochimie à Mazingarbe. Les sous-produits gazeux de la distillation (hydrogène, méthane, benzol, eaux ammoniacales) deviennent la matière première d'un vaste complexe d'usines chimiques érigé par la Compagnie à proximité immédiate du site. Dès 1906, la récupération du benzol brut et le traitement des eaux ammoniacales (permettant la synthèse du sulfate d'ammoniaque pour l'agriculture) préfiguraient cette dynamique. Ces gaz alimentent alors directement la production naissante de produits azotés, d'éther, de méthanol synthétique et d'engrais, transformant le carreau de mine traditionnel en une véritable plateforme chimique intégrée.
Durant la Première Guerre mondiale, la trajectoire ascendante de la cokerie est brutalement interrompue. Situé sur une ligne de front hautement stratégique et mouvante, s'étendant d'Auchy-les-Mines à Liévin, le territoire de la Compagnie des mines de Béthune est coupé en deux et subit d'intenses bombardements d'artillerie. L'activité de la cokerie est totalement arrêtée, et les hommes non mobilisés sont évacués par ordre militaire. Seule l'extraction de charbon brut est maintenue au prix d'efforts héroïques sur de rares puits préservés de l'arrière-front.
Au sortir du conflit, le bilan matériel est catastrophique : la quasi-totalité des infrastructures de surface est en ruine. La phase de reconstruction s'étale sur plusieurs années. La cokerie redémarre officiellement en 1920, dotée de deux batteries de fours entièrement neuves et performantes. Tout au long de l'entre-deux-guerres, le site consolide son rôle de pôle énergétique et chimique régional, alimentant la sidérurgie nationale en coke métallique de haute qualité et fournissant les industries chimiques adjacentes en gaz de synthèse.

| La cokerie dans les années 60 avec à gauche le gazomètre et à droite une batterie de four. La fumée blanche montre l'extinction du coke, qui vient de sortir brûlant, par une grande quantité d'eau |
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l'État insère la cokerie de Mazingarbe dans un vaste plan de modernisation industrielle.
Se hissant au rang de troisième plus importante cokerie de l'ensemble du bassin minier (derrière les géants de Drocourt et de Vendin-le-Vieil / Harnes), la cokerie s'appuie initialement sur deux batteries modernes capables de délivrer un rendement quotidien de 1 650 tonnes de coke métallurgique.
Pour répondre à la demande exponentielle des complexes sidérurgiques des Trente Glorieuses, une extension d'envergure est programmée au début des années 1960 :
- 1961 : Lancement des travaux de terrassement et d'édification de la performante Batterie n°5, conçue pour propulser la capacité globale du site à 2 050 tonnes de coke par jour.
- 1962 : Construction d'une nouvelle tour d'alimentation en charbon (tour à charbon) en béton armé. Cette structure colossale est connectée à la première tour historique par un imposant transporteur aérien à bandes, optimisant l'enfournement des mélanges de charbon.
- 1964 : L'ensemble architectural et technique devient pleinement opérationnel. Ce bond en avant productif et qualitatif consacre la suprématie technique de Mazingarbe et entraîne parallèlement la rationalisation du secteur, matérialisée par la fermeture définitive de la cokerie vieillissante de Nœux-les-Mines.

Les Bureaux en 2011




Les derniers bâtiments survivants : magasins et ateliers en 2011
Le déclin du charbon français s'amorce inexorablement à partir de la fin des années 1960 sous l'effet de la concurrence internationale et de la restructuration énergétique européenne. En 1971, le lavoir central de Mazingarbe cesse définitivement ses activités. Privée de son approvisionnement historique de proximité, la cokerie fait preuve d'une résilience remarquable en maintenant son outil de production opérationnel grâce à l'acheminement de charbons provenant d'autres sièges d'extraction du bassin (notamment via le réseau ferroviaire interconnecté).
La cokerie poursuit sa production de coke et de gaz de four essentiel au maintien de l'unité de production d'ammoniac de la plateforme chimique jusqu'à son arrêt définitif en 1984, mettant un point final à 87 ans d'histoire carbochimique continue. Suite à cette fermeture, la quasi-totalité des superstructures industrielles complexes (fours, installations de traitement des gaz, cheminées et gazomètres) est méthodiquement démantelée pour des raisons de sécurité et de réhabilitation environnementale.

Toutefois, le paysage architectural de Mazingarbe conserve les stigmates de cette épopée industrielle. Malgré une vague de démolitions partielles survenue en 2011, plusieurs éléments patrimoniaux majeurs subsistent encore au cœur des années 2020. Sont ainsi préservés les bâtiments administratifs des bureaux, caractérisés par l'architecture typique de la Compagnie, les ateliers de maintenance mécanique et électrique, ainsi que les anciens magasins généraux. Ces vestiges matériels témoignent de la grandeur passée de ce nœud industriel de premier ordre, inscrit à la mémoire ouvrière et à l'histoire de la transformation chimique de la houille en France.
Jean-Louis HUOT pour l’APPHIM
Sources : Histoire des Mines du NPDC Dubois-Minot – Le Groupe d’exploitation de Béthune Minot-Vivien- Revues Equettes & Relais des HBNPC

Editorial
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